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1e mai / naissance de la fête du travail

Commentaire

Dans le sillage de l’ Exposition universelle de 1889, célébrant la Révolution Française, se tiennent à Paris deux congrès rassemblant les organisations ouvrières internationales. Alors que le mouvement ouvrier est encore loin d’ être unifié , des socialistes de tendance guesdiste (Jules Guesde), proposent au congrès , qui l’adopte , le principe d’une grande manifestation ouvrière, internationale, à date fixe, avec pour mot d’ordre mobilisateur la journée de huit heures (de travail). Il faut attendre les premiers martyrs de cette journée d’action à Fourmies le 1er mai 1891 pour que cette date prenne valeur symbolique et soit officiellement admise en août de la même année.

Malgré les appels répétés à l’ unité du mouvement ouvrier, les divisions l’ emportent y compris dans l’ organisation et le sens à donner au 1er mai. Chaque mouvement mobilise ou non selon sa sensibilité. « Le Chambard socialiste » participe à sa façon à cette célébration, comme le font les nombreux journaux socialistes et anarchistes qui a cette occasion publient un numéro spécial.. Puisqu’il ne parait que le samedi « le Chambard socialiste » consacre son numéro du 28 avril 1894 à « ce réveil à jour fixe…du monde des travailleurs ».

(ADIV-10 M 83)

 

Géraud-Richard, rédacteur en chef et éditorialiste du journal, fut d’abord ouvrier avant de se lancer dans la presse écrite. Il collabore à de nombreux journaux avant de lancer sa propre publication. Son talent de polémiste, ses idées socialistes ainsi que la violence de ses propos lui valent plusieurs condamnations pour délit de presse, auxquelles ne survit pas « le Chambard socialiste » qui disparait en 1895, deux ans seulement après sa création.

La première page, outre l’avant propos virulent de son rédacteur en chef, rassemble un album du 1er mai qui compile des appels à la célébration de cette journée. Mais malgré la diversité des plumes ou l’appel à l’unité de Paul Brousse, le rédacteur a soigneusement sélectionné ses auteurs. Aucun représentant du courant de J. Guesde, n’est cité, alors que les guesdistes furent à l’origine de cette journée. De même est passée sous silence toute allusion ou revendication des huit heures de travail par jour alors que c’était le principal mot d’ordre de l’ Internationale. Géraud-Richard puise ses références dans la tradition et le souvenir de la Commune de Paris, à laquelle se rattachent JB. Clement, L. Frankel, ou L. Descaves, mais aussi dans le courant plus réformateur que révolutionnaire de P. Brousse et J. Allemane.

Le journal est toujours accompagné d’une illustration qui figurait à la une du journal. Pour l’occasion le dessin, de plus grande taille, occupe les deux pages intérieures, qui dés lors peuvent aisément devenir affiche. La gravure est signée Petit Pierre, pseudonyme de Alexandre Steinlen, imagier et illustrateur de presse reconnu. Il collabora au « Chambard socialiste » dés le premier numéro, et fit pratiquement toutes les unes.

Steinlen met son crayon au service d’ un 1er mai à connotation marxiste et internationale. Le dialogue qui accompagnait la plupart de ses dessins est remplacé, ici, par la célèbre formule qui ouvre le « Manifeste du parti communiste » de K. Marx, décliné en cinq langues.

(extrait du dessin de Steinlen- citation Karl Marx)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il reprend aussi toute une iconographie traditionnelle et les représentations symboliques du peuple. L’immense foule qui barre l’ image et serpente en arrière plan évoque un monde ouvrier traditionnel, le forgeron, le terrassier ou le mineur plus que l’ ouvrier de la grande usine. A ses côtés marchant d’un même pas le paysan ou l’ouvrier agricole avec sa faux et son immense faucille.

(extrait du dessin de Steinlen)

A regarder les costumes de ce peuple en marche c’ est bien le prolétariat d’ Europe qui est mis en scène et appelé à manifester. Seule présence féminine, une Marianne, figure habituelle des dessins de Petit Pierre, qui ouvre le cortège. Cette allégorie incarne une république beaucoup plus subversive, drapée dans le drapeau de la révolution et non dans le tricolore patriotique. Elle guide la foule en marche, tenant dans ses bras un bouquet de fleurs blanches qui n’est pas encore du muguet. Sous son autorité ce peuple déterminé et uni qui se tient par l’ épaule , marche vers un avenir radieux, aurore d’un monde nouveau sans nuages et sans exploiteurs, où règne la paix brandie par cette farouche Marianne. Début d’une longue marche jamais achevée sur une route bien plus caillouteuse que le sol lisse de Steinlen.

 

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