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Arthur Regnault / Plan de l'église néo-byzantine de LIffré, mars 1887

Commentaire

Ce plan destiné à l’origine pour Tinténiac illustre parfaitement le travail d’Arthur Regnault. Comme le montre la rature du titre par l’auteur, le document servit finalement à l’édification entre 1888 et 1892 de la nouvelle église de Liffré, à la place d’un bâtiment largement dégradé datant du XVIe siècle. Le financement de la construction d’une église à l’époque du Concordat pouvait parfois être difficile et l’intervention manuscrite de l’auteur illustre les vicissitudes de la vie d’un architecte de bâtiments religieux, particulièrement sous la IIIe République. La société restait encore très largement christianisée, mais connaissait une phase de sécularisation accélérée mise en œuvre par l’État républicain entre 1880 et 1910.

Le style romano-byzantin, le plus caractéristique de cet architecte, apparaît nettement sur cette esquisse. Arthur Regnault adopte ici un plan centré, allongé à trois vaisseaux, que l’on retrouve aussi dans celui de l’église de La Fresnais ou de Corps-Nuds. Le plan est suffisamment clair pour permettre un repérage des différents éléments architecturaux caractéristiques d’une église (chevet, chapelle, abside, narthex, chœur…). Le document peut d’ailleurs être croisé avec des plans de coupe de l’église ou des photographies contemporaines afin de définir précisément le style néo-byzantin.

Viollet-Le-Duc considérait que l’architecture de son époque présentait « le mélange le plus bizarre de styles, de modes, d’époques et de moyens, mais sans jamais pressentir le moindre symptôme d’originalité ». Afin de combattre ces préjugés encore vivaces, et de saisir cette notion d’éclectisme qui caractérise en partie l’architecture d’Arthur Regnault, il pourrait être pertinent de comparer ce plan avec des représentations d’autres réalisations de l’ « architecte-voyageur » breton, et caractériser à chaque fois le style employé :

- les églises néo-byzantines : Corps-Nuds (1881-1890) ; Liffré (1888-1892) ; Maxent (1893-1896) ; La Fresnais (1893-1899) ; Maure-de-Bretagne (1894-1898) ; Saint-Senoux (1896-1897) ; Tinténiac (1899-1908) ; « Jeanne d’Arc » à Rennes (1914-1924)…

- les églises de néo-gothiques : Pleurtuit (1873) ; Combourg (1881-1886) ; Bédée (1885-1888) ; Saint- Aubin-d’Aubigné (1894-1899) ; Cesson-Sévigné (1899-1904)…

 

D’une manière générale, la liste de quelques exemples de bâtiments contemporains de la construction de l’église de Liffré souligne l’inventivité architecturale de la Belle Epoque :

1875 : inauguration de l’opéra Garnier à Paris.

1886 : construction du château néo-gothique de Neuschwanstein en Bavière.

1887 : naissance de Le Corbusier. Publication d’un des premiers ouvrages sur le béton armé par A. G. Wayss.

1889 : construction de la tour Eiffel à Paris.

1892 : construction par V. Horta de l’Hôtel Tassel à Bruxelles, véritable manifeste de l’Art Nouveau.

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