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L'Avenir : histoire d'une coopérative granitière / 

Une entreprise du granit pendant les 30 glorieuses (I) / 

  • Ruban Granitier : remise des prix à Louvigné-du-Désert (date inconnue)
  •  Parcours du 5eme Ruban Granitier breton (du 30 avril au 2 mai 1971)

Côte : ADIV 165 J

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 La société française se transforme (I):

 Le Ruban granitier ou la « civilisation des loisirs » en marche:

  Le Ruban granitier breton a été initiée par Jean Patin, directeur de l’Avenir, en 1967 pour assurer la promotion du granit breton et faire le lien entre les divers bassins granitiers de la région. Le lien de cette épreuve avec le milieu granitier était, pour Jean Patin, évident puisqu’il souhaite que les entreprises granitières et leurs fournisseurs participent à l’organisation et au financement de la course (l’Avenir ne sera pas en reste puisque la coopérative offrira 500 francs (la plus forte contribution) à l’occasion de la première épreuve). Une caravane publicitaire est même « envisagée pour donner à cette course un caractère attractif et de propagande en faveur du granit » (lettre de février 1967 aux entrepreneurs). Afin de compléter l’épreuve par un moment festif et convivial l'élection de Miss granit est organisée en parallèle à la compétition.

                     Jusqu’au bout, Jean Patin n’oubliera pas ses idées politiques et sociales. Des collectes sont organisées auprès des ouvriers dans les carrières pour financer la course et dans un courrier de décembre 1966, il explique qu'elle doit être disputée le 1er mai 1967 afin de « redorer le blason de cette Fête du Travail ».

                     Au fil des années, le Ruban Granitier Breton gagne une renommée considérable mais face à la multiplication des épreuves amateurs, il faut recentrer les compétitions. C’est la création du Tour de Bretagne avec, en sous-titre, le trophée des granitiers en hommage à sa grande sœur. A la mort de Patin, l’Equipe salua dans sa rubrique « Le Bloc-notes » publié le 7 décembre 1971 la disparition du président du comité d’organisation du Ruban Granitier.

L’association d’une course de vélo à des entreprises de granit n’a rien de véritablement surprenant. Dès les années 1930, le vélo puis le cyclomoteur étaient devenus les moyens de locomotion les plus utilisés par les ouvriers. Dans les années 1960, un tiers des ouvriers en France se rendaient à l’usine en vélo : en élargissant leur horizon, le vélo leur permettait de faire jouer plus facilement la loi de l’offre et de la demande et de mieux choisir leur patron. Véhicule utilitaire au départ, la bicyclette est aussi « l’instrument pour la conquête de loisirs populaires ». On l’emprunte pour se rendre au bal du dimanche soir, mais la pratique du vélo est aussi associée à la jeunesse, aux premiers congés payés, à la découverte des vacances. Ceci est rendu possible par un abaissement continu du prix des vélos. Jean Fourastié considérait la bicyclette comme un produit industriel type et grâce aux progrès en productivité, elle devient facilement accessible lors des Trente Glorieuses : une bicyclette valait 95 salaires horaires en 1957, 37 seulement en 1974.

Autour du vélo, toute une culture va se mettre en place. Il devint ainsi un sport très populaire dans le milieu granitier, sans doute parce que les tailleurs de pierre avaient particulièrement l’esprit de compétition ou parce qu’ils y retrouvaient « l’importance de l’endurance, de la résistance, mais également des efforts physiques et ponctuels » (B. Berthelot). L’UCM de Guinefort, fondée dans le bassin granitier du Hinglé, compta ainsi plusieurs champions/tailleurs de pierre : Oreste et René Beghetti, ou encore André Bizeul. D’une manière générale, les champions cyclistes les plus populaires étaient souvent issus de milieux ouvriers : le breton Bobet, vainqueur du Tour de France de 1953 à 1955 était apprenti boulanger et le " blaireau" d’Yffiniac, Bernault Hinault, ajusteur (vainqueur en 1978, 1979, 1981, 1982 et 1985).

La popularité des courses cyclistes va encore augmenter avec la diffusion du Tour de France à la télévision : les caméras arrivent en 1948, mais l’audience va battre des records avec la diffusion du duel entre Anquetil et Poulidor en 1964 sur les pentes du Puy de Dôme. Même si lors des Trente Glorieuses, le vélo va peu à peu être détrôné par l’automobile comme véhicule utilitaire, le « deux-roues » reste symbolique de l’avènement de la « civilisation des loisirs » (J. Dumazédier, 1962)

            Sport populaire par excellence, le cyclisme va aussi être marqué par le développement du marketing. Le 25 août 1929, afin de célébrer la livraison du monument des Pilgrim Fathers, L’Avenir avait déjà organisé à Louvigné-du-désert une grande fête qui comptait apparemment, d’après la photographie de l’événement, une course de vélos. En associant ainsi promotion commerciale et événement sportif, Jean Patin se montrait visionnaire. Dès l’année suivante, en 1930, le Tour de France, créé en 1903 par le journal l’Auto, organisait la première véritable caravane publicitaire autour des chocolats Menier. Sans doute inspiré par l’élection des Miss France, organisée à partir de 1954 par Louis de Fontenay, Jean Patin va accentuer l’aspect festif du Ruban Granitier en doublant la compétition d’une élection de Miss Granit. Comme on peut le voir à Louvigné du-désert, celle-ci, accompagnée de ces deux dauphines, participaient à une remise de prix, et participaient ainsi à la promotion des activités granitières bretonnes. Le Ruban granitier existe encore aujourd’hui, mais rebaptisé le « Tour de Bretagne Trophée des Granitiers », il associe l’activité granitière à l’image de la région qui l’a vu naître.

 

Objectifs pédagogiques :

- Définir la notion de culture populaire

- Montrer comment se met en place progressivement la société des loisirs.

- Montrer les liens entre compétition sportive et exploitation commerciale.

 

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