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L'Avenir : histoire d'une coopérative granitière / 

Une entreprise du granit pendant les 30 glorieuses (II) / 

  • Brochure publicitaire du syndicat de granitiers de Bretagne sur la construction néo-bretonne.

1977

Côte: ADIV 165 J

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La société française se transforme (II):

Les pavillons néo-bretons ou la société de consommation en action

Pendant 25 ans, l’activité des carrières de granit fut soutenue par la reconstruction des villes de l’Ouest qui avaient été détruites par les combats, comme Saint-Malo, Lorient, ou Brest. A partir de la fin des années 1960, les chantiers publics s’achèvent, mais le développement des maisons individuelles va assurer la relève. « En façade… ou en décoration d’ouverture, le granit permet tous les jeux de coloris et se joint ainsi harmonieusement à l’ensemble de la maison ». L’augmentation des salaires, l’amélioration des infrastructures de transport, le règne de la voiture, et le rejet des grands ensembles, tous ces facteurs facilitèrent l’accession à la propriété de pavillons individuels. Même si le syndicat des granitiers ne l’évoque pas, le granit n’était pas un simple un élément de décoration extérieure : les occupants de ces maisons firent souvent le choix de disposer aussi d’une cheminée en granit. Certains sculpteurs d’ailleurs se spécialisèrent dans leur fabrique et cela suffisait à leur assurer une vie décente. Le pavillon breton sauva l’industrie granitière et assura sa prospérité lors des Trente Glorieuses, et jusqu’aux années 1990.

Au delà de la diversité apparente des pavillons présentés sur cette brochure publicitaire, une certaine communauté de style se dégage, le néo-breton. Reconnaissable à l’utilisation de l’ardoise et du granit, à une faible hauteur des murs de façade et à des toits en forte pente, ce style est né au début du XXe siècle, dans les premières stations balnéaires qui accueillaient des touristes en mal d’exotisme et d’authenticité bretonne. Paradoxalement, il se développa pleinement pendant les Trente Glorieuses, lorsque le « miracle breton » entraîna enfin la Bretagne vers la modernité, la coupant peu à peu de ses traditions. Sans doute par un retour du refoulé, les nouveaux ouvriers bretons, fils de paysans ou anciens paysans eux-mêmes, voulaient retrouver dans leur pavillon une trace de la ferme qu’ils venaient de quitter.

Ce goût fut largement encouragé par les acteurs économiques : la brochure du syndicat des granitiers de Bretagne associe largement la pierre à la région qui le produit, mais d’autres constructeurs s’y mettent aussi : Laïta diffusa des brochures en breton et le Groupe Maison Familiale invita en 1980 3000 personnes à visionner le film tiré du Cheval d’Orgueil. Paradoxalement l’Etat favorisa aussi la vogue des maisons néo-bretonnes. Le permis de construire fut mis en place à partir de 1943, et les règles à suivre étaient très strictes : la publicité insiste d’ailleurs sur l’obligation faite à chaque particulier de vérifier que la couleur de l’enduit choisi pour sa maison correspond à l’une des nuances autorisées par la Direction Départementale de l’Equipement et des Bâtiments de France. La DDE du Finistère était particulièrement stricte à cet égard et n’accordait le permis de construire qu’à la condition que les murs soient blancs, la toiture en ardoise, la pente du toit suffisamment forte. Peut-être s’agissait-il pour l’Etat centralisateur de flatter à bon compte l’identité bretonne, à un moment où il s’acharnait par ailleurs à réduire les particularismes locaux.

Cette vogue du néo-breton, la présence de granit sur les façades, connaît un net recul à partir des années 1990. Plusieurs facteurs y contribuent : la décentralisation qui laisse de plus en plus aux élus locaux le libre choix de leur politique d’urbanisme, l’arrivée de nouveaux matériaux, moins prestigieux mais moins cher, le goût des particuliers enfin, désireux sans doute de se distinguer davantage de leurs voisins. « Aujourd’hui, le granit est toujours là, enfoui mais moins utilisé car la société a changé, préférant l’éphémère à la durée. Peut-on espérer que les générations à venir inverseront la tendance et reviendront à d’autres valeurs ? »

 

  

Objectifs pédagogiques :

- Montrer l’apparition et le développement d’une classe moyenne en France à partir de 1945

- Montrer les mutations culturelles à l’œuvre pendant les Trente Glorieuses

           

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