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La révolution de février 1848 vue de Rennes / La province spectatrice

Commentaire

La révolution de février 1848 est avant tout un évènement parisien. En quelques jours seulement, entre le 22 et le 26 février, la France change brutalement de régime. Comme les autres villes de province, Rennes observe en spectatrice les évènements, au gré des laconiques annonces officielles puis des commentaires de la presse.

Depuis Paris, l’ information est fournie par le gouvernement qui dispose d’ un système rapide de communication, le télégraphe Chappe.

Lorsque la visibilité est suffisante, ce télégraphe optique transmet signaux et messages de Paris à Rennes en quelques heures. Malheureusement, en ce mois de février, les courtes journées d’hiver et les intempéries (pluie et brume) ralentissent l’acheminement des informations officielles vers la préfecture, alors que les évènements s’accélèrent à Paris. Dés leur réception, les dépêches sont imprimées puis affichées, le plus souvent à l’ Hôtel de ville, devant une foule impatiente, inquiète ou enthousiaste à l’approche de ces nouvelles parisiennes, dont le caractère officiel et donc partial permet de nombreux commentaires. La population accède donc à ces informations bien avant que la presse locale ne les reprenne et les augmente de détails et commentaires envoyés par des témoins parisiens.

Dans un premier temps, le gouvernement de Louis Philippe ,roi des français, se veut rassurant car il annonce avoir calmé l’Opposition, en l’occurrence les députés et journalistes.

 (caricature de Louis-Philippe par Daumier  qui présente la transformation du roi en poire)

 

 

Depuis des mois, ceux-ci organisent des banquets qui se transforment en tribune et réunions politiques pour réclamer à François Guizot , président du Conseil, des réformes et un élargissement du suffrage. Ce dernier refuse toute concession et a interdit la veille le banquet du 12ème arrondissement de Paris sans susciter d’opposition, d’après la dépêche officielle. Pourtant, quelques heures plus tard en annonçant des attroupements, le gouvernement reconnait implicitement l’agitation qui gagne Paris. En fait la foule et les manifestants ne cessent de grossir pendant qu’apparaissent les premières barricades.

Le lendemain, 23 février, bien que l’ordre et la tranquillité soient officiellement rétablis, les Rennais découvrent l’atmosphère insurrectionnelle qui règne dans la capitale. Les désordres prennent une toute autre allure : Paris s’est couverte de barricades, et la protestation est passée au stade de l’émeute. La dépêche officielle laisse entendre que les forces de maintien de l’ordre, troupes de ligne et garde nationale, restent fidèles au régime, alors qu’ils n’ ont pas d’ ordre clair et qu’ils se rangent de plus en plus aux côtés des manifestants ou bien font preuve d’ une bienveillante neutralité.

Les Rennais découvrent avec une journée de retard que l’émeute est devenue révolution. L’ absence de dépêche entre le 23 février au matin et le 24 au soir traduit la grande confusion qui règne au sein du pouvoir et dans les rues de Paris, aux mains des insurgés.

Le 25 février au matin, les Rennais découvrent l’existence d’ un gouvernement provisoire en lieu et place de la monarchie, et comprennent que l’ Opposition d’ hier est désormais au pouvoir. Tous les membres du gouvernement sont issus de l’ Assemblée et appartiennent à la bourgeoisie réformatrice, mais aucun représentant du peuple parisien insurgé ne figure sur cette première liste.

L’ampleur de la révolution accomplie dans les jours précédents ne prend forme pour les Rennais qu’avec la proclamation de la république, publiée le 28 février à Rennes. La monarchie a disparu, en même temps que Louis Philippe prenait le chemin de l’exil. La république réclamée par les Parisiens est proclamée, et le gouvernement s’est élargi aux représentants du parti démocratique, comme Flocon, et à des socialistes comme Louis Blanc, et Alexandre Martin surnommé "l'ouvrier Albert " seul authentique ouvrier du gouvernement et représentant du peuple insurgé. Pour effacer le souvenir de la 1ère République, la seconde se veut rassurante. Le lyrisme de Alphonse de Lamartine est parvenu à conserver les trois couleurs du “vieux drapeau républicain”, contre le drapeau rouge réclamé par Louis Blanc et les socialistes. Elle ajoute la fraternité “du peuple uni” aux valeurs fondatrices de la liberté et de l’égalité. Enfin elle garantit le retour à l’ordre, à la “tranquillité” par la libre circulation dans Paris et le démantèlement des barricades par ceux- là même qui les avaient édifiées. 

(devise de la République-photographie Jebulon)

 

Dans les départements, le nouveau régime est incarné par “les commissions départementales permanentes”, surtout composées de républicains, qui remplacent les préfets nommés par Louis-Philippe.

 

 

 

 

Pour légitimer la révolution parisienne de février et son pouvoir, le gouvernement organise, en mars 1848, des élections législatives, les premières au suffrage universel. Sitôt les députés élus, la nouvelle assemblée nationale se réunit le 4 mai, et dans un bel élan unanime, ratifie “au nom du peuple français”, la république proclamée par les Parisiens en février, ainsi que sa nouvelle devise “liberté, égalité, fraternité”. Dans le même temps, elle lance un vibrant appel à ”la concorde et à la fraternité”, dont témoigneront un peu partout en France les arbres de la liberté. Cette proclamation est aussi imprimée et envoyée dans les départements. La révolution, parisienne en février 1848, est désormais celle “du peuple français”.

 

 

 

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