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Le bannissement des Juifs de Bretagne par le duc Jean Ier le Roux (10 avril 1240) / 

Bannissement des juifs : charte manuscrite sur parchemin / 

1F1109

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Côte : 1 F 1109 (fonds La Borderie)

Copie du XIVe s. dans le cartulaire de Saint-Mélaine. Don de Madame La Borderie aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, le 25 mai 1902.

Dimensions charte : 22, 5 x 25 cm

Dimensions sceau : 3,5 x 3 cm

Situer sur la frise chronologique
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Sceau

Le sceau reproduit le blason de Pierre de Dreux, cousin de Philippe Auguste : Echiqueté au franc quartier d’hermine et à la bordure de gueules. D’abord destiné à embrasser la carrière ecclésiastique, il dut y renoncer, mais cela explique sans doute son surnom de Mauclerc, « mauvais clerc ». Fils du comte de Dreux, il continua à porter en brisure les armoiries des Dreux, mais y ajouta le canton d’hermine, alors réservé au clergé. Il épousa l’héritière du duché de Bretagne, Alix de Thouars, et à la mort de sa femme, devint régent jusqu’à la majorité de son fils Jean le Roux qui conserva les armes paternelles par la suite.

Transcription

Universis presentes litteras inspecturis Johannes, dux Britanniae, comes Richemundiae, salutem. Noveritis quod nos ad precationem episcoporum, abbatum,

baronum ac vasalorum Britanniae et pensata voluntate tocius terrae, ejecimus omnes Judeos de Britannia, nec nos nec heredes nostri tenebimus in Britannia ullo

unquam empore, nec sustinebimus quod aliqui de subditis nostris ipsos teneant in terris suis in Britanniae. Praeterea omnia debita quae debentur dictis

Judeis in Britannia constitutis, quocumque modo et qualtercumque eis debentur, penitus remittimus et quietamus ; et terrae eisdem Judeis obligatae et quaecumque

pignora mobilia et immobilia ad debitores vel eorum heredes revertentur, exceptis terris et alliis pignoribus quae jam vendita sunt Christianis per judicum

curiae nostrae. Praeterea nullus de morte Judeorum interfectorum usque modo accusabitur vel convenietur. Praterea bona fide et pro posse nostro rogabimus et

inducemus dominum regem Franciae quod istam ordinationem sive assisiam velit et confirmet per litteras suas. Praetera manucapimus pro nobis et pro patre

nostro quod nullis Judeis in terra patris nostri debita jam contracta in Britannia nullatenus persolvantur. Istam assidiam taliter ordinatam juravimus bona

fide in perpetuum servare, et si contra ordinationem istam nos venire contigerit, episcopi Britanniae communiter vel sigillatim possunt nos excommunicare et terras nostras

in suis diocesibus supponere interdicto, non obstante aliquo privilegio impetrato vel impetrando. Insuper gratamus et concedimus quod heredes nostri qui pro tempore

nobis succedent, postquam advenerint ad legitimam aetatem, jurabunt hanc asssisiam prout superius ordinata est se fideliter servaturos. Et dicti barones,

vassalli vel alii quicumque qui debeant fidelitatem comiti Britanniae non jurabunt fidelitatem vel facient homagium dictis heredibus nostris, donec ipsi

sufficienter requisti per duos ad minus episcopos, vel per duos barones ad minus nomine aliorum, istam assisiam se juraverint fideliter servaturos ; quo

jurato a dictis heredibus, ipsi barones et alii qui debent fidelitatem comiti Britanniae ex tunc jurabunt fidelitatem et facient hommagium dictis

heredibus sicut debuerint sine mora. Praeterea episcopi et barones et vassalli juraverunt et concesserunt quod nullo unquam tempore Judeos

tenebunt sive permittent teneri in terris suis in Britannia. Datum apud Plairmel, die Martis ante resurrectionem Domini anno

graciae m cc xxx ix Tricesimo Nono.

Traduction (A. de La Borderie) : 

À tous ceux que les présentes lettres verront, Jean, duc de Bretagne, comte de Richmond, salut. Sachez que nous, sur la demande des évêques, des abbés, des barons et des vassaux de Bretagne, ayant examiné avec soin l’intérêt du pays, nous chassons de Bretagne tous les Juifs. Ni nous, ni nos héritiers nous n’en tiendrons jamais un seul sur nos terres en Bretagne et nous ne souffrirons pas qu’aucun de nos sujets en aient sur les siennes. Toutes les dettes contractées envers des Juifs établis en Bretagne, de quelque manière et pour quelque raison que ce soit, nous les remettons entièrement et nous en donnons quittance.

Toutes les terres hypothéquées à des Juifs, tous les gages mobiliers ou immobiliers détenus par eux feront retour aux débiteurs ou à leurs héritiers, sauf les terres et autres gages qui auraient été vendus à des chrétiens par jugement de notre cour. Personne ne sera accusé ou mis en jugement pour avoir tué un Juif.

Nous prierons, nous engagerons de bonne foi et de tout notre pouvoir Monseigneur le Roi de France à confirmer par ses lettres la présente assise ou ordonnance et nous portons pour notre père et pour nous que les dettes contractées en Bretagne envers les Juifs ne seront jamais payées sur les terres de notre père. Cette assise, comme elle est ici écrite, nous avons juré de bonne foi de l’observer à jamais ; s’il nous arrivait d’y contrevenir, tous les évêques de Bretagne, ensemble ou séparément, peuvent nous excommunier et mettre l’interdit sur nos terres sises dans leurs diocèses, nonobstant tout privilège obtenu ou à obtenir par nous.

De plus, nous voulons et accordons que nos héritiers qui au temps à venir nous succèderont, quand ils auront atteint l’âge légitime (la majorité), s’engagent par serment à fidèlement observer cette assise comme elle est écrite ici. Les barons, les vassaux et tous autres astreints à jurer fidélité au comte de Bretagne astreints à jurer fidélité au comte de Bretagne ne la jureront point ni ne rendront leur hommage à nos héritier, tant que ceux ci, dûment requis par deux évêques ou deux barons au moins au nom des autres n’auront pas juré de garder cette assise fidèlement. Mais ce serment, fait, les barons et tous ceux qui doivent fidélité au comte de Bretagne jureront fidélité et rendront hommage immédiatement à nos héritiers.

Enfin, les évêques, les barons et tous les vassaux de notre duché ont juré et accordé que jamais ils ne recevront ni ne permettront de recevoir des Juifs dans leurs terres en Bretagne. Donné à Ploërmel, le mardi avant la Résurrection du Seigneur, l’an de grâce M CC XXXIX (10 avril 1240 nouveau style)

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