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Analyse du document

Les Augustins cherchèrent à s’implanter à Rennes dès les années 1660. D’abord en périphérie, au-delà de l’llle, ils se rapprochèrent du centre et obtinrent en 1676 l’autorisation de construire une église et un couvent. A la Communauté de Ville peu enthousiaste, l’évêque de Rennes faisait valoir qu’ils rendraient des services à la vaste paroisse de Saint-Étienne, dont l’église était excentrée. Faute d’argent, ils ne purent jamais édifier leur couvent, mais une grande église conventuelle fut inaugurée le 16 Janvier 1700.

Agenouillés au pied de la Vierge, de part et d’autre de la miniature, on peut reconnaître grâce à leurs auréoles deux saints de l’ordre de Dominique. Normalement, les dominicains portent un habit de couleur blanche, mais comme la scène représentée est censée se tenir à l’extérieur, l’enlumineur les a couverts d’un manteau noir, composé d’une chape et d’un capuce, une pièce de tissu couvrant les épaules et comprenant une capuche. Les personnages représentés sont vraisemblablement Saint Dominique de Guzman (v. 1170-1221), le fondateur de la communauté qui porte son nom, et Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), la plus éminente figure féminine de l’ordre. Le livre qu’ils tiennent tous deux à la main manifeste à la foi leur savoir et leurs qualités intellectuelles, mais aussi l’importance accordée par l’ordre aux études et à l’enseignement. On peut remarquer que Dominique porte en guise de ceinture un immense chapelet, si long qu’il serpente sur le sol. Ce signe est hautement symbolique car pour représenter l’érection de la confrérie de la ceinture de Saint-Dominique, l’enlumineur a repris une scène de genre particulièrement répandue : la remise du rosaire. Comme l’illustre ce tableau de Philippe de Champaigne, la Remise du rosaire à saint Dominique et sainte Catherine de Sienne en présence de Marie de Bragelonne et de Claude de Bouthillier peint en 1634, le sujet faisait partie des archétypes de la peinture occidentale.

D’après la tradition, Saint Dominique aurait reçu de la vierge un rosaire, c’est-à-dire un chapelet composé de 150 grains et permettant de comptabiliser les prières prononcées, notamment celles adressées à la Rose Mystique, c’est-à-dire la Vierge. Ces rosaires pouvaient être portés à la ceinture, et à l’époque des Guerres de religions, en porter constituait d’ailleurs un signe de catholicité. Au XVIIe siècle, sous l’influence des recommandations du Concile de Trente (1563) et dans la poursuite de la Réforme catholique, de nombreuses confréries du rosaire furent implantées dans les villes ou les campagnes par les dominicains. La récitation du chapelet, simple et courante, était particulièrement adaptée aux masses en quête de spiritualité, mais bien souvent illettrées, et qui ne pouvaient lire les missels proposés par l’Eglise. La permission accordée en 1679 d’ériger une confrérie à Rennes s’inscrivait donc dans le respect de l’esprit post-tridentin et indiquait bien que les Dominicains avaient conservé leurs vocations de prêcheurs, attachés profondément à leur racine urbaine.

La scène étudiée constitue donc un classique de la peinture occidentale mais l’auteur semblait particulièrement facétieux. La « ceinture de Saint-Dominique » est en réalité une périphrase poétique pour désigner le rosaire, mais le peintre a choisi d’innover en représentant réellement une ceinture, reconnaissable à sa boucle, insérant ainsi un élément de la vie profane au sein d’une scène particulièrement mystique. Le jeu sur les mots est tout à fait conscient car sur l’enluminure Dominique porte justement un rosaire en guise de ceinture. Par contre, si Jésus remet la ceinture à Sainte Catherine tandis que Marie la donne à Dominique de Guzman, il est difficile d’y voir un manifeste en direction de l’égalité des sexes, simplement une variation sur un thème connu.

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