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Paroles d'étoiles / le recensement des juifs pendant l'occupation à Rennes

Commentaire

Irmi Schklarewski est né en 1872 à Makarov en Russie et s’installa en France en 1905. Vivant à Rennes avec sa famille, son destin fut bouleversé par l’occupation nazie. Réclamée par l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940, l’inscription sur le registre des Juifs devait être effectuée avant le 20 octobre 1940 en Ille-et-Vilaine, sous peine de représailles. Dans le doute sur ses origines et convaincu par l’administration allemande « de faire plutôt plus que moins », Irmi Schklarewski déclara sa famille juive, mais se ravisa rapidement. Effrayé des conséquences de son acte, le 30 octobre 1940, il demanda à la préfecture d’annuler l’inscription de sa famille sur le registre de recensement des Juifs de la zone occupée.

 

(Affiche de propagande antisémite - 45 Fi 33 )

 

Légaliste, l’administration française réclama davantage de preuves que sa simple bonne foi. Irmi Schklarewski continua à se battre, et en juin 1942 il obtint des certificats d’appartenance de sa famille à l’Eglise orthodoxe russe, notamment la preuve du baptême de sa fille Suzanne (ou Sarah) baptisée en 1938. La préfecture se laissa finalement fléchir puisqu’elle retira la famille de la liste des Juifs recensés en Ille-et-Vilaine « sur production de pièces justificatives ». En toute logique administrative, elle demanda le 4 juin 1942 à la Feldkommandantur d’en prendre acte, mais les Allemands n’entendaient pas laisser échapper aussi facilement leur proie. Finalement, l’administration française fut sommée par la Feldkommandantur de considérer les Schklarewski comme Juifs. Leur sort était scellé : deux des fils, Jean et Joseph, furent déportés de Drancy le 29 juillet 1942. Irmi et sa femme Perla Schklarewski, furent finalement raflés le 9 octobre 1942, puis déportés en direction du camps d' Auschwitz le 11 novembre 1942. Les trois autres enfants, Suzanne, Armand et Michel échappèrent à l’extermination.

 

                Au delà de l’aspect profondément émouvant de cette lettre et du désespoir qui en sourd, ce document est intéressant à double titre. Tout d’abord, il pose la question de la collaboration menée par le régime de Vichy avec les forces d’occupation, et du rôle de l’administration française dans la déportation des populations juives.

 

La situation de la famille Schklarewski illustre surtout toute l’absurdité du racisme, dans son obsession de distinguer l’aryen du juif, le pur et l’impur. Le cas de Monsieur Schklarewski pointe surtout du doigt le « problème » auquel furent confrontés les Allemands, mais aussi les autorités de Vichy à partir de 1940 : dans une France laïque, une République qui ignorait jusque-là les catégories confessionnelles ou ethniques, comment déterminer qui était Juif, qui ne l’était pas ?

« Les noms et les prénoms ne sont que des indices. La circoncision ne constitue pas une preuve certaine, le nombre de chrétiens circoncis étant très élevé. Ce qui pouvait établir vraiment la qualité de juif aurait été l’inscription à une association cultuelle israélite de l’intéressé ou des ascendants, et d’autre part, les inscriptions figurant sur la pierre tombale des défunts et l’emplacement de ces tombes dans un cimetière israélite. Or l’inscription à une association cultuelle n’étant pas obligatoire en France et peu fréquente, le nombre de Juifs en faisant partie est peu élevé. La recherche des tombes n’était pas facile et aurait nécessité une armée de policiers. Un défunt n’est pas toujours enterré dans la ville où il est mort. L’aide des familles aurait été indispensable. Pour les Juifs étrangers, ce moyen de preuve n’existait d’ailleurs pas ». (N. Mariot et C. Zalc)

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